La nuit fut agitée. Les rêves devinrent supplices pour celle qui désormais, se prénommait Béraynice. Ils titillaient son esprit par des flashes incessants, des flashes incompréhensibles, des flashs douloureux. On n'est pas obligé de voir pour croire. Cependant lorsque l'on a vu, on croit. Béraynice savait que quelque chose ne tournait pas rond dans sa vie. L'amnésie était le summum de cette dérive. Ne point se souvenir de qui l'on est, c'est n'être qu'un rêve, qu'un balbutiement, une ombre. Un ectoplasme qui ne sait que penser, et où s'orienter.
Les Hommes ont besoin du passé pour construire le futur. Pas de ce passé universel, mais bien personnel. C'est pour cela que des personnes, même après des années d'exil retournent dans leurs terres natales. Ce n'est pourtant qu'un terrain comme un autre. Et pourtant... Pourtant, la vision du lieu éveille en eux les flammes des réminiscences enfouies. Et leur donne le sentiment d'être, enfin.
C'est ce passé, savoir que ses ancêtres ont foulés ces terres, ont respirés cette air, à défaut de sa propre personne, étoffe le mental et exhorte la ferveur. Béraynice était dénuée de ces repères. Même ce gros ventre lui semble étranger. Elle ne possédait aucun reflex pour s'assoupir correctement. Elle tentait vainement de tourner sur son vieux matelas, mais se heurtait perpétuellement à son ventre fécond. Les deux mains posées dessus, elle ouvrit les yeux rougit par la fatigue.
« Qui suis-je ? » se demandait-elle en tentant d'apercevoir la lune par un coin de la fenêtre vétuste qui laissait infiltrer un filet de froid glacial. L'absence de cette connaissance lui pesait sur le c½ur. Elle devait avoir des amis, une famille... Pensaient-ils à elle ? Elle l'espérait sincèrement. Elle, sans se remémorer d'eux, avait une pensée qui leur était destinée. Où qu'ils étaient, elle les embrassait fortement.
Détournant la tête pour enfin tenter de se coucher, elle vit une ombre passer furtivement par la fenêtre. Les yeux grandement ouverts, elle resta quelques secondes tétanisée. Avait-elle rêvé ?
De sa main droite, elle secoua fortement Phlénaon qui dormait à même le sol sur un vieux tapis.
- Monsieur ! Monsieur, je crois qu'i... bégayait-elle en alerte quand la porte de la cabane vola en éclat.
Tous deux levèrent la tête par réflexe. En face d'eux un homme portant une combinaison noire. Sur ses yeux une visière infrarouge et dans sa main, une arme.
- Cible en vue, marmonna-t-il dans son oreillette.
Et immédiatement quelques instants après une vive lumière éclaira les alentours. Trois hélicoptères survolaient les lieux.
Phlénaon qui était dissimulé par le lit, fit un signe à Béraynice, celui de se taire. Discrètement, il se saisit d'une planche de bois. L'homme en uniforme s'avançait d'un pas sur, en dévisageant les lieux. Arrivé prêt de la jeune femme, il posa délicatement sa main sur son ventre et sourit.
- Alors c'est toi... pouffa-t-il à la fois excité et légèrement effrayé.
Voyant Béraynice apeuré, il ôta son casque. C'était un brun au visage angélique. S'il ne la pointait pas avec son arme, elle aurait très certainement succombé à son charme. Il lui sourit tout en restant à distance.
Absorbé par la femme, il ne vit Phlénaon bondir précipitamment et le frapper avec la planche en bois qui se brisa en plusieurs morceaux. Néanmoins, l'homme à pleine à terre se releva et une violente rixe éclata, mettant la cabane sans dessus dessous.
- Je vois, tu es de la confrérie je présume, dit l'homme en uniforme en se débattant.
Phlénaon ne se perdit point dans des verbiages stériles. Il le plaqua violemment au sol et avec un morceau de bois, il lui transperça l'½il gauche.
- Fui ! Hurla-t-il ensuite à Béraynice. Il y en a encore d'autre, je vais tenter de les ralentir.
Fuir ? Elle voulait bien. Elle ne désirait que cela. Mais où ? Et surtout comment ? Engrossée comme elle était, elle ne saurait distancer, ceux qui semblaient être des mercenaires ou autres soldats. Phlénaon prit l'homme fraîchement éborgné et le tira à l'extérieur. Au moment de sortir à son tour, il pointa du doigt le sol.
Béraynice ne comprenait rien. Tremblante, elle se saisit des chaussures qui se trouvaient pas lui et d'un châle. Elle se dirigea vers la porte de derrière qu'elle poussa fortement. Elle prit conscience que la cabane était au sommet d'une colline qui descendait vertigineusement. Non, elle ne pourrait passer par là. Toutefois, avait-elle seulement le choix ? Ou même le privilège de prendre son temps ?
Faisant un pas à l'extérieur, elle se souvenu du geste de quinquagénaire. Et si ?... songea-t-elle. Elle retourna à l'extérieur et souleva le petit tapis au pied du lit, et mis à jour une trappe. Elle l'ouvrit péniblement, mais délicatement et s'engouffra à l'intérieur. Ce n'était qu'une petite cache minuscule. Elle était recroquevillée sur elle.
Subrepticement un coup de feu retentit, suivit d'un bruit sourd. Le corps d'un homme venait de tomber au sol. De frayeur, elle fut sujette au hoquet.
Quelque instants après des bruits de pas foulèrent le sol poussiéreux de la cabane miteuse.
- Où est la fille ? questionna une voix rauque effrayante.
Ils se trouvaient juste au dessus d'elle. Par les lattes espacées, elle discerna que l'homme qui venait de parler était accoutré différemment des autres. Il portait des habits souples et très coquets.
Elle faisait tout pour contenir le hoquet, ce qui lui brûlait la poitrine.
- Elle... elle semble s'être échappée, répondit un subalterne apeuré.
- Alors que faites-vous encore ici ?! Courez-lui après bandes d'abrutis !
- Oui, monsieur ! acquiescèrent-ils tous en quittant le lieu au pas de course.
- Typant, toi reste ici.
Typant était l'homme qui avait été éborgné.
- Comment ce vieux croulant a pu te causer une telle blessure.
- C'est à cause de la fille. Je la regardais et...
- Il n'y a pas de réponse valable face à la médiocrité, coupa-t-il secrètement.
- C'était un homme de la confrérie.
- Hum...Il serait temps que l'on s'occupe définitivement d'eux. Nous sommes encore dans les temps. Nous devons rattraper Be...
- Monsieur ! interrompit un homme. Un coup de fil important de l'Ordre pour vous.
- Typant, dit l'homme en se dirigeant vers la sortie. Met le feu à cet endroit...
Ledit homme s'assit sur le matelas. Il se mit ensuite à humer les draps, l'oreiller. Béraynice ne comprenait cet acte. Son étonnement devint terreur une fois que Typant sortit un briquet, qu'il déposa délicatement sur le matelas avant de quitter la bâtisse.
Les flammes prirent vite. Tout commençaient à s'embraser. Elle allait étouffer si elle restait là. Néanmoins, les hélicoptères n'avaient pas encore décollés. Si elle sortait de sa cachette, elle allait se faire prendre.
On est pas obliger de voir pour croire. Mais lorsque l'on a vu on croit. Béraynice voyait les flammes se rapprocher dangereusement, et croyait, pensait, sentait que sa fin était proche...
<> Everything seems tempting... But nothing comes for free... I often wonder how you drive ... when the road's too dark to see ... It's too early ... Don't live your lie ... keep on moving ... It's time to ... DIE ... <>